Pourquoi un nouvel avion de combat ?

 

Connaissez-vous les points communs entre la commune de Saint-Prex, 5297 habitants, près de Morges au bord du lac Léman et la commune de Trasadingen, 589 habitants, près de Schaffouse. ? On n’y élève pas seulement, ici et là, du bon vin, mais St-Prex et Trasadingen détiennent toutes deux un record européen. Elles sont les deux communes les plus survolées par l’aviation civile en Europe.

L’Espace aérien constitue la 3e dimension de notre territoire national. La protection de cet espace aérien est fondamentale pour assurer la sécurité du territoire. L’espace aérien suisse est l’un des plus denses d’Europe. L’aviation civile y est en constante augmentation. Quelque 3’500 avions civils survolent la Suisse chaque jour de l’année.

A l’instar du trafic sur les routes et autoroutes, les mouvements aériens doivent être coordonnés et contrôlés. Le déroulement ordonné du trafic aérien requiert impérativement un service de police aérienne analogue à celui de la police routière. Le droit international public de la neutralité impose à la Suisse de contrôler son propre espace aérien et, le cas échéant, d’y intervenir pour en assurer la sécurité. Seules les Forces Aériennes peuvent s’acquitter de nombreuses missions dans la 3e dimension, dont les équivalents au sol sont exécutés par nos différents corps de police. D’autre part, si, comme lors de la guerre du Golf en 1990, la Suisse décrétait une interdiction de survol de son territoire pour les avions militaires étrangers, aujourd’hui elle n’aurait pas la possibilité de contrôler cette interdiction et surtout, de la faire respecter sur le moyen terme ! Comment réagirait nos partenaires européens, si le chemin le plus court à travers l’Europe, c’est-à-dire via la Suisse, n’était plus disponible ou peu sûr car non surveillé ?

Nos Forces aériennes interviennent plus de 300 à 400 fois par année, des interventions réelles, pas des exercices,  et ce uniquement dans les heures de bureau, soit sur 23,8% du temps total annuel ! Le 76 % du temps, la Suisse est incapable de réagir avec efficacité, dans le temps et en moyen, à une violation de notre espace aérien ou à une nécessité d’intervention urgente de sécurité en faveur de l’aviation civile (assistance lors de problèmes de navigation et de pannes radio d’avions de ligne civils par exemple).

 Aujourd’hui, en dehors des heures de bureau, on doit se contenter d’observer ! J’entends d’ici les commentaires acerbes et les appels en responsabilités des autorités suisses en cas d’accident aérien majeur dans notre espace aérien survenu en dehors des heures de bureau !

Aujourd’hui, et depuis juillet 2005, la surveillance passive permanente de l’espace aérien suisse, 24h/24, 7 jours sur 7, est assurée. Mais voir et constater sans pourvoir agir, c’est accepter son incapacité d’assurer l‘inviolabilité de son espace aérien et plus irresponsable encore, c’est admettre in fine un trafic aérien civile évoluant à ses risques et périls car notre police aérienne, par manque de moyen, ne peut intervenir !

En effet, pour assurer la sécurité de façon décisive, il faut disposer en permanence de moyens d’intervention opérationnels. Or aujourd’hui aucun moyen d’intervention n’est disponible en dehors des heures de bureau. C’est comme si, par manque de moyen, un canton ordonnait à sa police cantonale de remplir ses missions que durant les heures de bureau. Ce qui nous paraît ridicule et irresponsable sur terre doit aussi l’être dans les airs !

Quels sont nos moyens actuels d’intervention :

  • D’abord, trente trois F/A-18, mais la disponibilité de la flotte est légèrement inférieure à 50% (à cause des travaux de maintenance, des Upgrade, des travaux de remise à niveau sur la flotte, etc.), soit env. 15 F/A-18 « disponibles » (si tout va bien… !)
  • Quant aux Tiger, ils ne volent  ni de nuit, ni par mauvais temps !

En Europe, seuls les pays baltes (Estonie, Lettonie et Lituanie) ne possèdent pas de forces aériennes. En conséquence, afin de ne pas laisser un « trou » dans la sécurité de l’espace aérien européen, certains pays de l’OTAN (Allemagne, France, etc.) se relaient sur place et assurent la police aérienne sur ces trois pays à tour de rôle.

En sommes nous arrivé au stade de ne plus pouvoir assurer par nos propres moyens la souveraineté de notre espace aérien ? Voulons-nous délibérément renoncer à garantir la sécurité du trafic aérien civile international et national ?

Quand on sait la longueur d’une nouvelle procédure d’évaluation (8 ans pour le remplacement du Tiger) et compte tenu de la nécessité de pouvoir garantir 24h/24 une sécurité optimale dans notre espace aérien en faveur de l’aviation civile et militaire, mais également en faveur de notre population, et compte tenu de notre situation au croisement des autoroutes aériennes d’Europe,  en toute responsabilité et connaissance de cause, nous nous devons de tout entreprendre pour rétablir une police aérienne crédible et efficace. Je suis d’avis qu’il faut « revoir de fonds en comble l’organisation de notre « grande muette » », mais mon souci pour notre sécurité motive bel et bien mon intervention plus que mon instinct de chasseur !

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